Outils & Matériel

Cochenilles sur citronnier et olivier : 3 types à reconnaître, 5 traitements

Publié le 17 octobre 2026 · 12 min de lecture · Débutant
Cochenilles sur citronnier et olivier : 3 types à reconnaître, 5 traitements
Cochenilles farineuses du citronnier, Planococcus citri. Photo : Jeffrey W. Lotz, Florida Department of Agriculture and Consumer Services, Bugwood.org, CC BY 3.0 US, via Wikimedia Commons.

La cochenille est le ravageur numéro un des plantes méditerranéennes en pot. Citronnier, oranger, olivier, laurier rose, laurier sauce, figuier : tous y passent tôt ou tard. Et contrairement au puceron, elle ne se règle pas d’un jet d’eau. Beaucoup d’espèces s’abritent sous une carapace cireuse qui les rend insensibles à la plupart des traitements de contact.

La bonne nouvelle, c’est qu’elle se traite très bien à condition de savoir laquelle on a sous les yeux, et de viser le bon moment. Ce guide vous apprend à reconnaître les trois familles que l’on rencontre sur un balcon du Sud, puis détaille cinq traitements, dans l’ordre où les appliquer.

Un mot sur le calendrier, enfin, car il compte : l’automne, quand les agrumes rentrent à l’abri pour l’hiver, est précisément le moment où ces insectes explosent.

Les 3 familles de cochenilles à reconnaître

On parle de « la » cochenille, mais il en existe des centaines d’espèces. Sur un balcon méditerranéen, elles se rangent en trois familles, et c’est cette famille, pas l’espèce exacte, qui décide du traitement.

FamilleAspectPlantes viséesPoint faible
FarineusesAmas blancs cotonneux, mobilesAgrumes, plantes d’intérieurPas de carapace : savon noir et alcool efficaces
À carapacePetits dômes bruns ou noirs, collésOlivier, agrumes, laurier roseSeulement les larves, au printemps et en fin d’été
À bouclierÉcailles plates, grises ou brunes, 1 à 3 mmAgrumes, laurier, figuierL’huile, qui les asphyxie sous le bouclier

Les cochenilles farineuses sont les plus faciles à repérer : de petits amas blancs, comme des flocons de coton, logés à l’aisselle des feuilles, le long des nervures ou au collet. La plus courante sur agrumes est la cochenille farineuse du citronnier, Planococcus citri. Elle reste mobile toute sa vie, n’a pas de carapace, et c’est ce qui la rend vulnérable. On range dans la même catégorie pratique la cochenille australienne, Icerya purchasi, reconnaissable à son grand sac à œufs blanc et cannelé.

Les cochenilles à carapace, ou lécanines, forment de petits dômes bruns, lisses ou bombés, de 3 à 5 millimètres, fixés le long des tiges et sous les feuilles. Sur l’olivier, la plus fréquente est la cochenille noire, Saissetia oleae, reconnaissable au relief en forme de H qui marque sa carapace. Sur les agrumes, c’est souvent la cochenille brune, Coccus hesperidum.

Cochenilles brunes à carapace fixées le long de la nervure d'une feuille luisante de miellat
Cochenilles à carapace le long d’une nervure : la feuille luit de miellat. Photo : Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org, CC BY 3.0 US, via Wikimedia Commons.

Les cochenilles à bouclier, ou diaspines, sont les plus discrètes. Ce sont de minuscules écailles plates, en virgule ou en disque, qui ressemblent à de simples taches sur l’écorce ou les feuilles. Leur bouclier n’est pas fixé au corps : l’insecte vit dessous, protégé, et les traitements glissent dessus.

Le test du coton-tige

Un doute sur une tache brune ? Grattez-la doucement avec l’ongle ou un coton-tige. Si elle se détache d’un bloc en laissant une petite marque claire, c’est une cochenille. Si elle reste en place ou s’efface, c’est une tache de la feuille, un dépôt minéral ou un champignon.

Les signes d’une attaque de cochenilles

L’insecte lui-même passe souvent inaperçu. On la découvre par ses effets, qui sont toujours les mêmes, quelle que soit la famille.

Le miellat est le signal le plus fiable. Sur un citronnier en pot, des feuilles qui collent au toucher signent presque toujours une attaque, avant même qu’on les ait vues. Pensez à regarder sous les feuilles, le long de la nervure centrale, et dans les fourches des rameaux.

Pourquoi les cochenilles explosent en automne et en hiver

On associe volontiers les ravageurs au printemps. Ici, c’est faux, ou du moins incomplet. La fiche VigiJardin de l’INRAE sur la cochenille farineuse du citronnier le résume : le risque court toute l’année, avec un pic de mai à octobre, et l’espèce enchaîne environ huit générations par an. Elle aime la chaleur et l’humidité.

C’est là que l’hivernage devient piège. Un citronnier rentré en octobre dans une pièce chauffée ou une véranda retrouve exactement les conditions que le ravageur préfère, sans aucun de ses prédateurs. Une petite population passée inaperçue en septembre peut couvrir la plante en décembre.

Trois réflexes avant de rentrer vos agrumes et vos lauriers :

Le guide sur les agrumes nains en pot détaille l’hivernage lui-même : luminosité, température et arrosage. Une plante bien hivernée, au frais et à la lumière, est beaucoup moins colonisée qu’un agrume stressé dans un salon surchauffé.

5 traitements contre la cochenille, du plus doux au plus fort

Chaque traitement vise un stade et une famille précis. Les appliquer dans le désordre, c’est gaspiller du temps et abîmer la plante.

RangTraitementFarineusesCarapace et bouclier
1Retrait manuelTrès efficaceEfficace sur petite attaque
2Savon noirEfficaceSeulement sur les larves
3Huile de colza ou huile blancheEfficaceLe traitement de référence
4Taille des rameaux atteintsRadicaleRadicale
5AuxiliairesTrès efficace, à partir de maiEfficace, plus lent

1. Le retrait manuel

Sur un balcon, avec quelques pots, c’est le traitement le plus efficace et le plus sous-estimé. Les farineuses s’enlèvent au coton-tige imbibé d’alcool à 70°, dilué de moitié avec de l’eau : l’alcool dissout leur enveloppe cireuse et elles meurent sur le coup. Les formes à carapace et à bouclier se décollent avec une vieille brosse à dents souple ou l’ongle, le long des tiges.

Touchez l’insecte, pas la feuille. L’alcool, même dilué, peut marquer les feuillages tendres s’il est pulvérisé sur toute la plante.

2. Le savon noir

Le savon noir agit par contact. Il dissout la couche cireuse des insectes à corps mou et les dessèche. Il est efficace sur les farineuses et sur les jeunes larves de toutes les familles, beaucoup moins sur les adultes déjà protégés par leur carapace.

Le principe est le même que contre les pucerons, à une différence près : un passage unique ne sert presque à rien ici. C’est la répétition qui atteint les larves au moment où elles quittent l’abri de leur mère.

3. L’huile, la référence contre les carapaces

Contre les formes à carapace et à bouclier, l’huile est le traitement le plus efficace en jardinage naturel. Elle forme un film qui bouche les orifices respiratoires de l’insecte, y compris sous la carapace, et étouffe les œufs. On utilise une huile de colza ou une huile blanche horticole, à la dose indiquée sur l’emballage, en général 10 à 20 ml par litre, émulsionnée avec un peu de savon noir.

Jamais au-dessus de 25 °C

Une huile pulvérisée par forte chaleur ou en plein soleil brûle le feuillage, surtout celui des agrumes. Au Sud, réservez-la à deux fenêtres : la fin de l’hiver, en février et mars, et les journées douces d’octobre. N’en appliquez jamais sur une plante assoiffée : arrosez la veille.

4. La taille des rameaux trop atteints

Un rameau couvert de carapaces sur toute sa longueur ne se nettoiera jamais correctement. Coupez-le au sécateur, ensachez-le et jetez-le avec les ordures ménagères, pas au compost. Sur l’olivier, cette taille a un double intérêt : la cochenille noire prospère dans les ramures denses et humides, et une couronne aérée, comme celle décrite dans le guide de l’olivier en pot, lui est nettement moins favorable.

5. Les auxiliaires

Chaque famille a ses prédateurs spécialisés, et c’est la seule solution qui tienne dans la durée.

La coccinelle australienne, Cryptolaemus montrouzieri, est la grande dévoreuse de cochenilles farineuses. Sa larve a un piège : elle se couvre de filaments cireux blancs et ressemble à s’y méprendre à une grosse cochenille farineuse. Elle est simplement plus grande, jusqu’à un centimètre, et elle se déplace vite. Ne l’écrasez pas. Elle n’est active qu’au-dessus de 20 °C environ, ce qui la rend efficace sur un balcon de mai à septembre, ou en véranda chauffée.

Larve de Cryptolaemus montrouzieri couverte de filaments cireux blancs
Ce n’est pas une cochenille : c’est la larve de la coccinelle australienne, qui les dévore. Photo : S.E. Thorpe, domaine public, via Wikimedia Commons.

De minuscules guêpes parasitoïdes, du genre Metaphycus, pondent dans les cochenilles à carapace, en particulier la cochenille noire de l’olivier. Une carapace percée d’un petit trou rond signale un insecte parasité : laissez-la, elle a déjà servi à produire le prochain auxiliaire.

Des coccinelles noires à points rouges, du genre Chilocorus, s’attaquent aux cochenilles à bouclier.

Les principes de cette lutte biologique, et les auxiliaires disponibles dans le commerce, sont détaillés par Jardiner Autrement dans son dossier sur la lutte contre les cochenilles.

Les fourmis, alliées des cochenilles

Comme pour les pucerons, les fourmis élèvent les cochenilles pour leur miellat. Elles les protègent de leurs prédateurs, chassent les coccinelles et transportent les jeunes larves vers de nouvelles pousses. Tant qu’une colonne de fourmis monte dans le pot, les auxiliaires ne peuvent pas travailler.

Trois fourmis noires parcourant une colonie de cochenilles sur un fruit d'agrume
Des fourmis au travail sur une colonie installée sur un agrume. Photo : Katja Schulz, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Coupez-leur la route avant de traiter : une bande de glu autour du tronc, un pot isolé du mur et de la rambarde, et aucune branche qui fasse pont. C’est souvent ce seul geste qui fait basculer la situation.

Cochenilles plante par plante

PlanteCochenille la plus fréquenteParticularité
Citronnier, orangerFarineuse du citronnier, cochenille bruneExplose en hivernage à l’intérieur
OlivierCochenille noire, en forme de HAérer la ramure par la taille
Laurier roseCochenille à bouclier du laurier rosePlante toxique : gants pour tailler
Laurier sauceCochenilles à carapaceFeuilles comestibles : rincer après traitement
FiguierCochenille cireuse du figuierGrosses carapaces blanches, à gratter

Sur les plantes que vous consommez, citronnier, olivier, laurier sauce et figuier, tenez-vous-en au retrait manuel, au savon noir et à l’huile végétale. Rincez les feuilles de laurier sauce et attendez une semaine après le dernier traitement avant d’en cueillir, comme on le rappelle pour les aromatiques méditerranéennes.

Ce qu’il ne faut pas faire contre la cochenille

Le calendrier anti-cochenilles au Sud

PériodeCe qui se passeCe que vous faites
Février et marsLes femelles hivernantes reprennent leur activitéHuile sur carapaces et boucliers, par temps doux
Avril à juinÉclosions, larves mobiles sans protectionSavon noir répété, le moment le plus efficace
Juillet et aoûtPopulations installées, auxiliaires actifsRetrait manuel, laisser travailler les prédateurs
Septembre et octobreNouvelle vague de larvesSavon noir, inspection avant l’hivernage
Novembre à janvierExplosion des farineuses en intérieurCoton-tige à l’alcool, douche du feuillage

Retenez surtout la fenêtre du printemps. Les larves mobiles, que l’on appelle aussi « larves baladeuses », n’ont pas encore construit leur carapace. C’est le seul moment où une cochenille à carapace ou à bouclier est vraiment vulnérable au savon noir. Une fois fixée et protégée, elle ne craint plus que l’huile et le grattage.

En résumé

Identifiez d’abord la famille, car elle décide de tout : farineuses blanches et mobiles, cochenilles à carapace en petits dômes bruns, cochenilles à bouclier en écailles plates. Coupez la route aux fourmis. Puis appliquez les traitements dans l’ordre : retrait manuel au coton-tige ou à la brosse, savon noir répété trois fois, huile par temps doux contre les carapaces, taille des rameaux perdus, et auxiliaires pour tenir dans la durée.

Et surveillez vos agrumes au moment de les rentrer. C’est en automne, dans la chaleur d’une pièce fermée, qu’elles prennent leur revanche sur l’été.

Portrait illustré de Med, auteur du blog Medagri

Med, auteur de Medagri. Je lis, je recoupe et je résume ce que j'apprends sur le jardinage en espace réduit, pour que vous n'ayez pas à le faire. Une question sur cet article ? Écrivez-moi.

Pour aller plus loin

À lire aussi sur Medagri